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Article présenté à la 5e conférence du GECSO. Montreal, Juin 2012

L’homme, les réseaux sociaux et l’innovation de rupture

par Jean-Yves PRAX




L’HOMME, LES RESEAUX SOCIAUX ET L’INNOVATION DE RUPTURE

Continuons à analyser ce difficile équilibre de la relation Homme/Entreprise, dans un domaine de différenciation encore plus sensible : l’innovation de rupture. Pourquoi se limiter à l’innovation de rupture ? Parce que nous considérons que l’innovation incrémentale, en tant que simple amélioration des produits/process existants, se heurte certes aux traditionnels freins au changement, mais ne remet pas fondamentalement en cause les paradigmes, les certitudes cognitives, les organisations, les équilibres de pouvoirs, les processus, la relation client. Elle est donc facilement appropriable par l’entreprise et, de notre point de vue, fait partie du registre de la « qualité totale ». En revanche, l’innovation de rupture est un vrai défi « entrepreneurial » et humain (Prax 2010). Une analyse sur plus de 200 000 brevets, faite par Altshuller et al. (2001), inventeur de la méthode TRIZ, montre que l’innovation de rupture est très rare (< 1%) et « pluri-disciplinaire. .

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chemin de l’innovation

Nous proposons une analyse du chemin de l’innovation à travers un modèle présentant quatre périodes successives (fig. 3) :
-  Le chaos fertile et créatif : « la cour de récréation », et l’émergence de la rupture,
-  Les adopteurs précoces missionnaires : « l’évangélisation » et la naissance du héros,
-  Les experts : « la caution scientifique, légale ou morale », naissance du standard,
-  Les bureaucrates : « la mise en application de la norme, et son contrôle ». Pour chaque étape, nous essayerons d’esquisser le type de personnalité humaine et le mode d’inscription dans les réseaux sociaux les plus adaptés, espérant ainsi donner à l’entreprise quelques clés pour mieux manager l’in-manageable.

2.1. La « cour de récré » : le chaos fertile « Toutes choses ne sont que des accidents insignifiants ou des fruits du hasard à moins que votre regard émerveillé qui les soude, les connecte et les ordonne, ne les rende divines. » Paul Valéry

C’est dans un bouillon de culture, informel, insaisissable que naissent et se fertilisent les idées, qu’émergent des connaissances nouvelles, que la synthèse créatrice se produit. Véritable milieu darwinien, l’immense majorité des idées périssent dans l’œuf car non adaptées, trop précoces, à usage trop limité. Quelques-unes se transforment, renaissent... Il ne suffit pas qu’une idée soit bonne pour réussir, il faut qu’elle soit acceptable dans contexte social, culturel, mais parfois aussi moral et religieux de son époque. Dans les années 60, les premières femmes qui portaient le pantalon étaient assimilées à des féministes, elles-mêmes considérées comme homosexuelles. Quand à William Servet et Marcelo Malpighi, ils ont été grillés vifs par l’Inquisition, pour avoir affirmé que le cœur était une pompe qui permettait de diffuser le sang dans le corps à travers des vaisseaux !

On voudrait nous faire croire que l’idée porteuse d’une invention est née à partir de rien, par une sorte de révélation géniale, une intuition fulgurante, une voix divine, une « pomme qui tombe sur la tête du dormeur » ; ce n’est que rarement - voire jamais - le cas. Et si l’histoire vous est racontée comme cela, c’est souvent qu’elle a été reconstruite a posteriori pour mieux coller à l’idéologie de l’individualisme, au mythe de l’inventeur génial - pendant technique du mythe du leader né.

Le plus souvent l’invention résulte d’une synthèse créatrice, à partir d’éléments préexistants :
-  par transposition métaphorique d’éléments observables dans la nature : comme le vol à géométrie variable des avions de chasse qui s’inspire de l’étourneau, ou la petite Twingo dont le succès vint de sa bouille et de ses yeux de bébé phoque. Même la roue aurait été inspirée par le coléoptère !
-  par synthèse entre deux technologies issues de domaines très différents, comme les composites, ou de deux contraires irréductibles l’un à l’autre par processus dialectique (Nonaka, Toyama, 2002) ; l’interdisciplinaire recèle d’inépuisables gisements d’innovation.
-  par détournement d’une fonction, comme Bell qui avait inventé un appareil pour malentendant pour sa mère et sa femme, appareil ensuite détourné en téléphone ;
-  par erreur, hasard ou « sérendipité ».

Si ces éléments préexistent, comment « l’inventeur » les voit, là où personne d’autre, et en premier lieu les experts, ne les avait vus ? Et bien, c’est par l’attitude qu’il adopte et notamment sa capacité à ne pas se laisser enfermer dans les blocages cognitifs :
-  les habitudes, les dogmes, paradigmes et systèmes de valeurs dominants,
-  les compétences trop pointues dans un domaine et son jargon,
-  la fréquentation de milieux sociaux et professionnels trop homogènes,
-  la peur de l’échec, le syndrome du « ça ne marchera jamais ! »,
-  la peur de la marginalisation au sein du groupe,
-  un mode de raisonnement par « fonctions » et non par « usages »...

C’est-à-dire presque tout ce qu’on nous a appris à l’école ! Ce qui fait de l’innovateur ce paria transgressif de l’organisation (Babeau et Chanlat, 2011).

2.1.1. Réseaux sociaux

La conséquence sur la typologie des réseaux sociaux (Prax, 2010) est très claire : fréquentez des milieux hétérogènes, exotiques voire insolites, sur un mode extrêmement informel, on pourrait dire « désintéressé » au sens où on ne cherche pas un « livrable », avec une attitude d’étonnement, d’assertivité et d’ouverture... un profil d’explorateur, en un mot. Voyagez ! Plongez en immersion !

Abordez une situation nouvelle comme vous admirez un tableau impressionniste : une suite de petites touches colorées qui, chacune séparément n’a aucun sens, et toutes ensemble forment une « impression », une « émotion », une image mentale persistante. Retrouver l’enfant qui est en vous, celui qui s’étonne et s’émerveille de tout. Celui qui n’a pas peur de poser des questions, ni d’être jugé sur les questions qu’il pose. Désapprenez. Cherchez l’artiste, car l’art est une des meilleures voies d’accès à l’émancipation des codes sociaux.

Copiez. Les peintres de la Renaissance et les artistes de Jazz n’ont jamais hésité à se copier les uns les autres, à se rendre hommage. Les idées doivent circuler librement, s’échanger, se fertiliser, car c’est comme ça qu’elles gagnent en robustesse. Revendiquez le droit à l’erreur ; l’erreur est la première source d’apprentissage ! La première idée est rarement la bonne, le premier prototype coûte cher et marche mal ; on se souvient des premiers stylos à bille qui coulaient surtout dans les poches.

Et ne prononcez plus jamais la phrase : « ça ne marchera jamais ! ».

Ce n’est pas un hasard si les réseaux sociaux sont ce lieu éminemment transgressif, puisqu’ils sont issus de l’idéologie hacker en lien avec l’univers des logiciels libres (Blum et Ebrahimi, 2010).

2.1.2. « Seul le conflit fait grandir » Imaginez un groupe où tout le monde partagerait exactement les mêmes avis, les mêmes représentations sur tous les sujets... ce groupe, incapable d’engendrer les « forces opposées » reproduirait inlassablement les mêmes savoirs, n’apprendrait plus, et ne survivrait pas.

L’échange intense d’idées et de points de vue opposés, l’antagonisme, les débordements d’idées, la multiculturalité, affaiblissent les dogmatismes et les intolérances.

H. Takeuchi, Doyen de Hitotsubashi Institute à Tokyo me déclarait, dans un entretien personnel, que « le dialogue consensuel est une perte de temps, seul le conflit fait grandir », phrase que je prête volontiers à ma fille quand elle avait 17 ans ! Mais le débat contradictoire a besoin d’être encadré afin d’éviter son dérapage dans des conflits idéologiques. L’Athènes du Ve siècle institua une telle règle.

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courbe du changement

La confrontation d’idées antagonistes va d’abord créer une contradiction personnelle, un rejet, voire une crise spirituelle, puis stimuler l’élaboration d’une solution nouvelle, par hybridation, par synthèse créatrice et enfin l’appropriation (fig. 4). Le chemin de l’acceptation d’une innovation par le marché est donc rarement linéaire et rationnel, c’est un chemin chaotique parcouru de nombreuses « crises », d’essais-erreurs, où le couple produit-marché s’est reconstitué plusieurs fois...

2.1.3. Les qualités de l’homme, entrepreneur innovant

Mélange subtil d’ambition et d’humilité, de folie créative et de rigueur, de ruse et d’honnêteté, de ténacité, d’opiniâtreté, de passion communicative, c’est un leader assez charismatique, doué de trois qualités : pugnacité, pugnacité, pugnacité.

Ces mêmes qualités qui font de lui un « explorateur » remarquable, peuvent le rendre difficile à vivre, impossible à manager. Intuitif et d’esprit vif, il peut être facilement impatient avec ceux de son entourage qui ne le suivent pas à la même vitesse, ou négliger leur point de vue ; farouchement indépendant, cela peut le rendre inapte au travail en groupe ; créatif, il peut se désintéresser des tâches routinières ; extrêmement critique et exigeant, à l’égard de lui-même, il peut être invivable pour les autres ; ne reconnaissant d’autorité que dans la compétence, il peut être irrespectueux... marginal et non-conformiste, « indiscipliné » voire carrément déviant, il peut avoir beaucoup de difficultés à se faire accepter par le pouvoir en place.

Dans toutes les sociétés et générations, il y a une minorité de déviants par rapport à la Loi, à l’Autorité, et cette minorité peut se rebeller, ou se marginaliser jusqu’à la délinquance. Il y a d’ailleurs une relation réciproque de cause à effet entre la domination de la normalisation et l’expression des déviances.

L’innovation est une désobéissance qui a réussi ! D’abord dissidente, l’idée nouvelle se répand par transformation lente de déviance en tendance (Alter, 2003).

La suite bientôt sur nos écrans



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