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les trois concepts fondateurs du KM japonais : Ma, Chi et Ba

La voie japonaise du KM




Si vous êtes intéressé(e) par la culture japonaise, à la fois traditionnelle, moderne et liée au monde des affaires, au delà du KM, je vous invite à consulter et participer à mon Blog :

comprendrelesjaponais

N’hésitez pas à apporter votre témoignage, vos anecdotes, vos remarques, commentaires. Il fera probablement l’objet d’un livre collectif, avec votre contribution j’espère.

J’ai rédigé 43 petits chapitres sur des concepts permettant de se familiariser avec la culture japonaise, mais je ne les intégrerai dans ce blog que progressivement car c’est un travail assez long.

Ci-dessous figurent quelques textes anciens sur des concepts japonais liés au Knowledge Management, textes issus des participations de Polia à la KMSJ, de rencontres avec les Pr. Nonaka, Takeuchi, Konno et autres.

1- le concept du Ma : la relation, le lien qui unit les choses pour leur donner sens

par Jean-Yves Prax, 2008

Dans la conclusion de mon livre "Le Manuel du Knowledge Management 2e édition (couverture bleue) j’ai fait une erreur de débutant en japonais (que je resterai éternellement) - j’ai confondu deux kanjis, très proches il est vrai :

Le premier est 聞, se prononce ki, est la racine du verbe écouter. Takeuchi lors d’une conversation m’avait expliqué que dans la musique japonaise, ce qui important, ce n’est pas d’écouter les notes, mais les intervalles entre les notes, ce qui les unit, les sépare, cette tension qui va d’une note à l’autre, ce silence... c’est vrai aussi de la musique occidentale, mais ce qui m’avait frappé c’est que le kanji racine d’écouter désigne un "intervalle".

En fait il s’agit du kanji 間, qui se prononce ma, qui signifie l’intervalle, l’espace, la durée, la distance qui unit (pas celle qui sépare). Au japon, être vide c’est être "plein de rien" et un proverbe zen dit "l"utilité de l’argile dans le pot vient du vide qu’il laisse pour le remplir".

Pourquoi je raconte cela ? C’est parce que lors de la dernière convention de la KMSJ s’est déroulée les 16 et 17 novembre 2008 à Tokyo, avec la participation de Polia Consulting, I. Nonaka a placé cette notion de "Ma" au coeur de sa conférence introductive.

Il m’est difficile de retraduire ici tout le fil de sa conférence, car elle était en japonais, avec des slides en japonais (autant dire que je n’ai pas tout compris !), mais voici quelques bribes saisies à la volée :

" Chi (voir plus bas) resides in interaction between human subjectivities"

" Ba is relational Chi - Ba is in between"

"All things flow : the river is not an object, it is a continuous flow - the sun is not an object, it is a continuous consumption - People are not noly beings, they are becomings, as a verb - Knowledge is process oriented, and relational oriented - process is the reality"

"What you see is not the essence, to know, you have to live in (endwelling) to be part of it"

"You and me as an object does not exist, only the relationship exist"

(JPG) A partir de là, I. Nonaka cite Polanyi. Puis ajoute : "The essence of strategy is that object are related to events - strategy is a narrative"

On retrouve donc toujours ce triptyque de notions fondamentales dans la conception japonaise du Knowledge Management :
- le Chi, litt. la Sagesse, qui représente la cible, le projet partagé, qui polarise les pratiques, les systèmes d’idées dans une sorte de "communauté de destin",
- le Ba, qui représente l’espace-temps dans lequel s’organisent les échanges, visibles et invisibles (liens émotionnels, empathie, énergie)
- le Ma, qui représente le lien qui sépare et unit les acteurs

2- le concept du Chi : la connaissance au service de l’action

par Jean-Yves Prax, 2005

Nonaka explique la matrice du SECI (JPG) Ce texte est une courte synthèse de la convention qui s’est tenu à Tokyo en mars 2005, sous l’égide de la Knowledge Management Society of Japan, et à laquelle Polia Consulting a contribué. Le titre de la convention était :

Japanese Chi : Edge of evolution

La grande majorité des interventions concourraient effectivement à l’élaboration d’une nouvelle tendance managériale vers cette notion de CHI, dont la meilleure traduction semble être WISDOM of KNOWLEDGE

Photo : Nonaka explique la matrice du SECI

Bien entendu comme toujours dans ce pays, il faut garder une certaine humilité et se méfier des traductions trop simplistes, car ces notions (Ba, Chi) s’incarnent tellement dans la culture japonaises qu’elles sont purement intraduisibles. Mais on peut dégager des lignes de force qui, à mon avis, sont très inspirantes pour nos sociétés occidentales et finalement, se recoupent assez bien, vocabulaire mis à part, avec les tendances nettement observables chez nous.

La pyramide du Chi

Chi (GIF)

Le Ba, 場, représente (voir plus bas) un lieu d’interaction et de partage, où se crée une culture partagée : confiance, estime mutuelle, empathie ; chacun s’enrichit de l’autre, puise son énergie dans le groupe, on y recherche le consensus social, tout en y respectant les différence de points de vue, les tensions nécessaires à l’apprentissage. De manière un peu provocatrice, Takeuchi dit « le dialogue consensuel est une perte de temps, seul le conflit fait grandir » (phrase que je prête volontier à ma fille de 17 ans !). Il faut replacer cette « mini-provocation » dans la société japonaise encore très emprunte de politesse et règles de préséance.

C’est à partir du Ba, seulement, que peut s’élaborer une connaissance collective et innovante : de la tension positive entre les points-de vue naît un nouveau concept (emerging pattern). Mais l’accumulation de connaissance n’a aucun intérêt si elle n’est pas tirée par un facteur d’ordre supérieur. C’est là qu’intervient la notion de Chi (wisdom of knowledge), où la Sagesse est vue comme la connaissance mise en action

Donc en d’autres termes, et c’est une avancée considérable dans "l’épistémologie des sciences humaines", le Ba et le Chi permettre de créer des conditions favorables pour que :
- Une chose soit vraie et son contraire en même temps,
- que ces oppositions de points-de-vue ne nuisent pas à la mobilisation et la participation au sein du groupe,
- car on a pris soin (Ba) de travailler sur l’empathie et le consensus social,
- motivés par une ambition commune (Chi) d’un ordre supérieur.

Je ne sais pas vous, mais moi cela m’inspire profondément... et en même temps me desespère un peu plus encore sur l’état pitoyable de nos Sociétés occidentales.

Notons que le kanji du Chi, qui est le logo de la KMSJ, représente en effet à la fois la connaissance et la sagesse.

Le point supérieur du triangle, nommé G... pour Goal, ou God, représente les valeurs universelles, mais l’auteur Takanashi préfère le présenter comme les « vital elements referring to personal aptitude, behaviour, human relations and aspirations ». Il le traduit également par « Wisdom od mind ». Bien sûr tout cela prend beaucoup de sens quand on se réfère aux cultures bouddhiste et shintoïste pratiquées au Japon et largement présentes dans leur vie quotidienne, y compris professionnelles.

Encore un délire d’intellectuels ?

Vu de Paris, on peut se croire en plein délire d’intellectuels mystiques, mais au-delà du vocabulaire un peu "ésotérique", cette tendance managériale n’est finalement pas très éloignée de celle annoncée par la « knowledge based Society » de Peter Drucker, voire du « développement durable » et dans laquelle, le sommet de la pyramide des valeurs n’est pas « short term profit », mais « better life ».

(GIF) On est vite convaincu quand on assiste à une présentation du Chi par le Chairman de Honda qui n’a pourtant rien d’un rêveur ! Scoop : d’ailleurs, il a répondu positivement à notre invitation à la prochaine convention de la KMSJ à Sophia-Antipolis les 27-28 sept prochains (voir actualités)

Ou encore quand le Directeur Général de Fuji-Xerox essaye de nous vendre une photocopieuse en 5 étapes (qui rappellent la méthode des 5 pourquoi de Peter Senge) :

(GIF)

2- le concept du Ba

Par Jean-Yves Prax, octobre 2002

(JPG) Ce texte est une synthèse des conférences et rencontres faites à Tokyo dans le cadre d’un séminaire de la KMSJ (Knowledge Management Society of Japan) et Hitotsubashi Institute (I. Nonaka et Takeuchi). Ce voyage a été effectué avec le soutien du Service pour la Science et la Technologie de l’Ambassade de France au Japon, avec le Professeur Pierre Fayard de l’Université de Poitiers dont travaux sur les concepts japonais de création du Savoir sont cités dans cet article, Joel Frigière, Knowledge Manager d’Arcelor et Jean-Louis Ermine du CEA.

Rencontre avec I. Nonaka photo prise par Joël Frigière

Résumé

La création collective de savoir s’inscrit dans des règles implicites de psychologie de groupe qui puisent leurs racines dans des valeurs et traits culturels très profonds et lointains. Dès lors, il n’est pas étonnant que ces modalités de fonctionnement des groupes soient très différentes selon que nous avons affaire à une communauté d’américains, de français ou de japonais, pour ne prendre que ces trois exemples.

Ce texte court présente le concept de Ba, concept impossible à traduire en français tant il est enraciné dans la culture japonaise, mais qui désigne ce mode particulier d’interaction cognitif au sein de la communauté.

Conférence de Nonaka
"To tell you the truth, I don’t know what is knowledge"

(GIF)

"Knowledge is a dynamic human/social process of justifying personal belief and skill toward the truth . But there is probably no way to reach the truth ; truth is embedded in real life."

A travers cette humilité typiquement orientale, Nonaka place les sentiments humains au centre de la dynamique de création collective de Savoirs. Il poursuit en disant :

"Ba is Place-Time-People, a dynamic relation in context that enables creation of an Atmosphere : Shared context in motion Emotions and truth are changing rapidly ; we must share deep thoughts, not explicit knowledge.

Ba does not seek for simplification but complexity ; it provides enabler for :

- Clear and shared vision and goals,
- leadership,
- incentive system,
- place,
- technologies."

NB :Je m’excuse auprès des lecteurs : la conférence de Nonaka a été donnée en japonais et traduite en anglais ; elle ne résisterait probablement pas à une deuxième traduction de ma part. J’ai donc conservé les termes anglais.

La matrice expliquée par Nonaka en V.O.

(JPG) Bien entendu, ce processus respecte la spirale de la fameuse matrice SECI de Nonaka, dont je ne résiste pas, au passage, à vous présenter la version originale !












En japonais moderne, le ba, ば, désigne un endroit, une place, également un moment et l’action qui s’y déroule. En fait je trouve que la signification la plus proche est la « scène du théâtre classique » , avec sa fameuse unité de temps-lieu-action mais également omniprésente dans le Nô et le kabuki.

L’idéogramme 場 est composé de 2 kanjis, dont la partie droite veut dire "eau chaude" peut être assimilée à l’eau bouillante ou à ce qui soulève le couvercle de la marmite, et dont la partie gacuhe signifie la terre, le sol (do, comme dans dojo), c’est à dire le lieu qui rend possible l’action (enabler).

D’un coté, il désigne un potentiel, de l’autre un moteur ou un mouvement qui imprime une direction.
On qualifie de good ba, les bonnes situations relationnelles où l’on s’énergise, celles qui rendent créatif et où les interactions sont dynamiques et positives.
On peut assimiler le ba à un milieu où les personnes (potentiel) qui s’y (moteur) investissent éprouvent une évolution qualitative.

Dans cette perspective, un ba se manifeste comme un niveau de conscience collective et en développement à travers des interactions internes à un groupe et avec ses environnements utiles.

Ce qui est intéressant à retenir,
c’est cette « tension » entre des points-de-vue, cette notion de « débat contradictoire », que le Ba cherche à respecter.
Contrairement à la pensée occidentale, il ne s’agit pas de viser à une simplification pseudo-rationnelle du type « si donc alors » mais à créer un concept nouveau (le sommet de la pyramide de la figure précédente) respectant toute la richesse et la complexité du débat qui l’a sous-tendue.



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